Mon père, le Lieutenant-Colonel Gérard Leclerc est né le 11 septembre 1919. Lors de la déclaration de guerre du Canada à l’Allemagne en septembre 1939, il avait donc 20 ans et s’est engagé peu après, volontairement, dans les forces armées. Il avait alors dit à son père : ‘’Je me suis engagé dans l’armée comme simple soldat, j’en sortirai officier.’’
À la suite de la promulgation de la loi sur la Mobilisation de 1940, mon père
s’enrôle officiellement en mars 1941 et passe rapidement de caporal à sergent en une seule année.

Début 1942, il est recommandé par l’armée à se prévaloir d’une formation d’officier à Brockville en Ontario et dès avril, il obtient son brevet d’officier. C’est donc avec le grade de Lieutenant au sein du Régiment des Voltigeurs de Québec qu’il quitte le Québec en septembre 1943 via Halifax pour la traversée vers l’Angleterre. Là-bas, il y subira un entrainement intensif en vue du grand grand débarquement de Normandie. Pendant ce temps, il se joint au Régiment de Maisonneuve et séjournera à Brighton puis à Folkstone. Par un jeu de circonstances et de logistique, ce n’est que le 7 juillet 1944 que mon père et son Régiment mettent le pied en sol français. Donc, plus d’un mois après le fameux débarquement du 6 juin. La campagne de France débute donc pour le Lieutenant Leclerc et son Régiment. Celui-ci a pour mission de libérer des villages français du joug nazi et repousser l’ennemi allemand en Belgique, en Hollande et jusqu’en son sol national : l’Allemagne.
Le Maisonneuve entre donc en action le 13 juillet et jusqu’à la fin août réussit à déloger l’ennemi, de maison en maison, de plusieurs petits villages français. Entre autres, celui de Bourgtheroulde où mon père le Lieutenant Leclerc avait reçu ordre de s’emparer d’une colline; un point stratégique pour y effectuer de futurs assauts. Il n’avait que 11 hommes sous ses ordres et, à sa suggestion, avait demandé à son commandant, l’aide de blindés équipés de mitrailleuses. Par cette initiative, il réussit à atteindre le sommet de la colline et fait quelques prisonniers ennemis sans perdre un seul homme.
Pour mon père, chaque pas peut vouloir dire la fin. Avec toute cette audace et ce courage, l’opération est un succès. Par cet acte, mon père méritera une citation à l’honneur et se verra attribuer une médaille. Mon père et les gars du Maisonneuve continueront leurs combats acharnés en Belgique, en Hollande et finalement en Allemagne où ils y resteront jusqu’au 8 mai 1945 ; date de l’armistice mettant fin aux hostilités en Europe.
Nous sommes maintenant le 10 septembre 1944. Le Lieutenant Leclerc reçoit l’ordre de commander le peloton de tête qui va attirer le feu ennemi sur eux afin de soulager le Régiment des Black Watch qui est en difficulté non loin de là. Vers les 17 h, Leclerc et ses hommes arrivent aux portes d’un petit hameau du nom de Craywick où ils rencontrent des résistants français des F.F.I. (Forces françaises de l’intérieur) qui leur disent : ‘’N’y allez pas Messieurs les Canadiens, les Allemands sont là’’ Et mon père de répondre : ‘’Tant mieux, c’est ça que nous cherchons, des Boches et nous sommes venus ici pour gagner la guerre’’ Toujours dans la même région et après quelques timides avancées, les gars du Maisonneuve se rapprochent de l’ennemi qui lui, les attend de pied ferme avec un feu nourri de mitraille. Le peloton est soudainement pris en souricière. Mon père, le Lieutenant Leclerc perd son sergent et presqu’au même moment, son commandant est atteint et mis hors de combat. Celui-ci ordonne à mon père de prendre le commandement de la compagnie. Son objectif est de protéger ses hommes et s’éloigner du feu ennemi afin de ramener ses soldats en lieu sûr.
Mais le chemin du retour est entièrement miné. Qu’à cela ne tienne, le Lieutenant Leclerc s’avance à la tête de sa compagnie, suivi d’un autre lieutenant et d’un sergent. Il leur dit qu’il va prendre les devants et que s’il saute sur une mine, le lieutenant devra prendre sa place et que si lui saute aussi, ce sera au sergent de diriger la compagnie pour la sortir de cet endroit. Le Lieutenant Leclerc part alors en direction de la route en demandant la protection de la Providence afin de permettre à ses soldats de retourner aux lignes du bataillon sains et saufs.
Mon père devient du même coup Capitaine adjudant et ne reviendra au Québec qu’à la mi-novembre Toujours avec la discipline et la détermination qui le caractérisent, le Capitaine adjudant Gérard Leclerc deviendra Major en 1952 et Lieutenant-Colonel en 1954. De retour à la vie civile après la guerre, mon père, toujours aussi ambitieux, continue de faire honneur à notre famille immédiate et, par extension à tous les Leclerc. Il œuvrera au sein des Services municipaux de la Ville de St-Hubert pendant 24 ans ( 1960-1984) et y terminera sa carrière comme Directeur général et Commissaire industriel de la Corporation Économique de Saint-Hubert, ainsi que Directeur de l’Association des Commissaires Industriels du Québec. Pendant cette fulgurante carrière, c’est à son instigation que les dirigeants de la ville ont reconnu la nécessité de créer un fonds industriel en vue de doter la municipalité d’un parc industriel et aussi, à sa recommandation, qu’une Corporation de l’expansion économique a été créée en 1984.
En guise de reconnaissance pour ses loyaux services, la Ville de Saint-Hubert inaugurait en 1987 un parc industriel situé en bordure de l’Autoroute 30 portant le nom de L. Gérard Leclerc, bien en vue sur une enseigne géante qui domine le parc. Cet hommage contribue à la fierté du nom de la grande famille LECLERC. Au bilan de tous ces faits et gestes, ainsi que ces réalisations, je peux dire aujourd’hui à l’instar de mes frères et soeurs : Mon père; ce héros.
Jean-Pierre LECLERC, fils aîné de Gérard LECLERC.
Membre 807

Jean-Pierre LECLERC, fils aîné de Gérard LECLERC.
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